Tribune : La Guinée au cœur d’une violence post-électorale

21-10-2020 News KaleNews

Pourtant l’on a toujours eu l’impression que ‘‘l’homme blanc’’ est le responsable de ce qui arrive dans notre pays de grande hospitalité. Hors par ignorance, il est en fait, difficile pour nous de faire une distinction des actes « sans cœur » de ce dernier à celui de nos frères dite de sang avec lesquels nous partageons valeurs, principes et terre ! Quel malheur ? de voir dans l’œil d’autrui la paille sans se rendre compte de la poutre qui remplit la nôtre. Pauvre de nous-mêmes ! Au cœur de nos nombreuses aventures ou mésaventures d’idées, de vécu, se trouve l’expression ‘‘violence pour s’imposer’’ et ‘‘division pour régner’’ issues de l’envie mordicus des communautés, des groupes, des entités et des individus à diriger ce pays par l’acquisition du pouvoir de Présidenta « Chef d’Etat » pour un de leurs fils ‘‘bien aimé’’. Quel gâchis ? à la quête du pouvoir et au maintien du pouvoir, tous les moyens sont bons pourvu qu’on ne salisse pas les mains soi-même. Pis, le moyen le plus sûr c’est la « violence des violences » une autre forme de barbarie de part et d’autre des hommes politiques, prétendus bons, prend place dans l’arène électoral ou post-électoral. Alors, qu’est-ce que la violence ? Etymologiquement, le mot « violence » vient du mot latin « violentia », qui signifie l’usage de la force brutale pour contraindre un individu ou un groupe d’individus à se plier à sa volonté. Cet usage de la force brutale peut-être symbolique, verbal et/ou physique. Qui l’exerce en vrai ? l’auteur de cette violence est soit un individu, soit un groupe de personnes, soit un Etat. Cette force brutale peut se caractériser par l’emploi de la force naturelle (par exemple : violence exercée par un individu sur un autre) ou l’usage de l’appareil répressif de l’Etat (c’est le cas de la violence exercée par l’Etat à travers les forces de défense et de sécurité). Cette dernière forme de violence est la seule légitime dans un Etat de droit selon Max Weber .

A l’instar de ses acteurs ou auteurs de la violence, la victime de la violence peut-être un individu, un groupe de personnes ou un Etat subissant la force brutale d’un autre individu, groupe d’individus ou Etat. La violence peut être le fait des gouvernants ou des gouvernés . Au sens large, il s’agit de toute forme de contrainte physique ou morale en vue de forcer un autre sujet de droit international « la science » à accepter un engagement conventionnel, à contracter une obligation contre son gré. Les synonymes du concept de violence sont alors l’agression, la contrainte, le recours à la force, les représailles, la répression et le terrorisme .
En période électorale comme d’actualité en Guinée, toute forme de violence ayant trait au processus électoral est qualifiée de violence électorale mais pourquoi pas violence de la quête de pouvoir. Quelle ironie ? A chacune des différentes phases du processus électoral guinéen, survient des incidents, certes mineurs au début, mais qui à force de leur accumulation aboutissent aujourd’hui, à une véritable violence électorale voire une crise politique. Prudence ! un pas en arrière est encore mieux.





A la phase préélectorale guinéenne, les actes de violence électorale sont très souvent inhérents à un déficit de consensus sur les règles du jeu électoral. Concernant la phase électorale guinéenne, les violences résultent du déroulement du scrutin et sont souvent le fait de militants, partisans, adeptes politiques et de nervis recrutés au sein de leurs formations politiques. Pour ce qui est des actes de violence pendant la phase post-électorale guinéenne, ce qui nous intéresse d’ailleurs ici, ils sont surtout relatifs au dépouillement et aux contestations des résultats du vote. Ce refus de s’incliner devant le « verdict » des urnes par un ou des candidat (s) est un phénomène récurrent lors des dernières élections en Guinée. Ce rejet des résultats qui conduit en général à des violences électorales (verbale et/ou physique) trouve en grande partie son origine dans l’absence de dialogue et de consensus durant les phases précédentes du processus électoral, et en particulier au sujet des règles du jeu électoral. Et la violence électorale, peu importe sa dimension géographique, peut gravement impacter sur la paix et la stabilité d’un Etat. « La violence, qu’elle soit locale ou nationale, affecte négativement la stabilité sociale et si elle n’est pas bien maîtrisée peut, juxtaposée avec d’autres divisions conflictuelles, mener à l’anarchie et à la guerre civile.» Nous n’en voulons pas pour notre patrie.





Quel est alors la cause réelle ? en Guinée, les élections n’ont pas toujours répondu aux attentes démocratiques car, elles donnent constamment lieu à critique par une rhétorique forgée autour de notions telles que le tripatouillage, le hold-up, l’instrumentalisation de la loi électorale… révélant les difficultés à changer les habitudes politiques par des normes ou des mécanismes tout aussi primitifs que sophistiqués. Mais, au-delà, il importe de prendre le recul nécessaire par rapport au déroulement de ces élections parce qu’elles posent le problème de la réception de la démocratie. D’où l’idée peut-être que ce ne sont pas tant les manipulations électorales qui sont au cœur des problèmes de la dynamique électorale en Guinée que l’acclimatation ou la « tropicalisation » du nouveau constitutionnalisme lui-même avec son cortège de limites constitutionnelles et institutionnelles . Quand le juge constitutionnel guinéen n’est pas clair dans les arrêts rendu tout devient flou pour le citoyens lambda que nous sommes. Ce qui favorise la méfiance des citoyens au verdict Institutionnel.
10 ans ou 20ans de succès stories en violence ? La Guinée des 10 dernières années, a constamment été caractérisée par de fortes tensions électorales durant pratiquement toutes les phases des processus électoraux. Les processus de démocratisation des années 90 en Afrique ont tenté d’apporter une réponse à ces récurrents conflits électoraux. Plusieurs mécanismes ont été mis en place en vue de garantir la crédibilité des compétitions électorales, en permettant aux vainqueurs comme aux vaincus d’accepter les résultats. Mais lorsque Koto alhadji s’autoproclame vainqueur du scrutin de 2020 avant même la proclamation des résultats par l’institution en charge en souvenance de Koro professeur en 2010 on n’est mal barré. Ne pouvait-il pas s’abstenir au regard des enjeux et tensions de l’élection 2020 ? C’est le début du commencement de la crispation qu’on vit maintenant. Ce n’est pas perdu dhè !
Mais plus de vingt ans après, le début des processus de démocratisation, la violence électorale demeure une réalité en Guinée. Les sources des conflits électoraux sont de différentes natures : modification de la durée et/ ou du nombre des mandats présidentiels (référendum guinéen de 2001 et 2020 ceux qui étaient dirigeant, sont aujourd’hui de l’opposition vice-répétitâ), composition et fonctionnement des institutions électorales en charge de la supervision et du contrôle des élections, absence de justice électorale crédible aux yeux des acteurs du processus électoral (Cour Constitutionnelle et s’est arrêts et décisions confus), administration partisane (MATD partenaire à CENI dans le processus électoral à la solde du pouvoir en place) , instrumentalisation de l’identité (principaux leaders des deux grands partis du pays), sentiments de suspicions et de fraudes entre acteurs politiques ( koto alhadji dans sa déclaration du 19 octobre 2020), absence de dialogue et de consensus sur les règles du jeu électoral (seul l’intérêt compte car, il n’y a d’amis éternel ni d’ennemis éternel seul l’intérêt lie les hommes). Ainsi, le recours à des manifestations, à la destruction de biens publics et même de biens privés, est souvent utilisé par les opposants qui soupçonnent le pouvoir de procéder à la manipulation du processus électoral pour se maintenir. Le pouvoir également, invoquant la nécessité du maintien de l’ordre, n’hésite pas à réprimer les manifestations des opposants (plus de 200 victimes à la solde du pouvoir selon l’opposition) même si ça reste à vérifier par la justice (on reviendra dessus).
La fibre communautaire des 10 dernières années serait-il au cœur de la violence ? la solidarité primaire est pourtant une triste réalité dans la vie politique guinéenne. Elle se caractérise par une forte détermination de l’électorat en fonction de la région et de l’ethnie d’où sont originaires les leaders des partis politiques en compétition. L’instrumentalisation de l’identité régionale et ethnique est un phénomène profondément ancré dans la sociologie politique guinéenne. Mais, il reste très important de faire un diagnostic des causes et types de violence qui peuvent ou qui existent dans la sphère politique électorale guinéenne.





L’issue des élections locales et celle de l’élection présidentielle de 2010 ont confirmé ce phénomène qui est l’une des dynamiques majeures des violences électorales en Guinée. Les élections législatives du 28 septembre 2013 comportaient des enjeux majeurs pour la classe politique guinéenne. Ces élections sont les premières après la présidentielle de 2010 avec la victoire du candidat du RPG Arc-en-ciel, Alpha Condé , qui a été très contestée par bon nombre d’acteurs politiques. Le Président Alpha Condé doit faire face à une opposition composée de dinosaures de la classe politique guinéenne. Face à ces enjeux capitaux (redistribution des cartes dans la perspective de la présidentielle de 2015), tant pour les uns que pour les autres, la fin semble justifier les moyens pour tirer son épingle du jeu. Les acteurs politiques n’hésitent pas à instrumentaliser la fibre ethnique pour en tirer des dividendes électoraux. En dépit de la diversité des groupes ethniques et des leaders politiques, la réalité politique guinéenne de ces élections législatives est structurée autour de la forte rivalité entre deux leaders politiques issus de deux ethnies (attention groupes) différentes, en l’occurrence le Président Koro professeur (ethnie Malinké) et l’opposant Koto Alhadji (ethnie Peul).
Dans sa gestion du pouvoir, le Président Koro professeur a fait régulièrement l’objet d’accusations de la part de ses opposants. Ces derniers lui reprochent de « malinkiser » les postes civils et militaires et de combattre l’ethnie peule notamment par des moyens économiques, étant donné que cette communauté est fortement présente dans le secteur économique. Des responsables de la mouvance présidentielle attirent souvent l’attention de leurs compatriotes sur le « risque » de confier le pouvoir politique aux Peuls détenant déjà le pouvoir économique.





Ce discours identitaire a beaucoup marqué la campagne durant les élections législatives de septembre 2013, 2015 et 2020, renforçant ainsi les risques brulant de violences électorales et menaçant la cohésion nationale sans doute. J’ai peur pour ma Guinée ! Koto Alhadji, dans le cadre de cette campagne électorale pour les législatives et la présidentielle de 2020, a invité le peuple guinéen à éviter d’être séparé par le Président Koro professeur qu’il a accusé d’être le principal artisan de cette « division » du peuple guinéen (Ce qui reste à justifier). Il a déclaré en 2013 que « Tout le monde a compris que l’homme est incapable. Mais il veut passer par tous les moyens pour nous diviser en des groupuscules, des sectes, instaurer le communautarisme entre des personnes qui ont vécu ensemble pendant des siècles et qui partagent tout dans leur vie commune. Il faut refuser cela » . La fin ne justifie toujours pas les moyens illégaux. Ce que l’homme aura semé, il le récoltera forcement. Confucius disait-il pas « Mieux vaut être un diamant avec un défaut qu’un caillou parfait ».





N’oublions pas guinéens que les hommes s’en iront et la Guinée restera debout.





Editeur : Christian Desco Condé





Enseignant Chercheur





Spécialiste des questions électorales.