Guinée : La grogne d’un écrivain (Adama Diané)

19-7-2020 Culture ActuConakry

Bonjour ami ! Enfin je me suis réveillé de cette extase qui enfuma mon instinct. Pour ton voyage vers là-bas, je me suis décidé de te consigner et tenir ma promesse comme la prêche d’une flèche qui perce des pêches. Le vent tourbillonne et verse des régimes dans la pénombre du verger. Tout au long de mon mutisme, je l’étais, craintif et solitaire, mais dorénavant instigué pour essuyer de mes mots, le visage sombre d’une foule silencieux, cloîtrée. Toute la nuit d’hier, je ne voyais que la silhouette de Marot qui rimait des rimes d’exil, me hurlant. Je t’assure que lui ai-je vu de mes yeux. Il me montra ce pré lointain et dévasté qui ressemblait à l’atoll calciné et désert de là-bas où tu n’entends qu’aller. Pourtant il n’y a plus de mangrove où souffle vent frais du littoral. J’ahanne l’air embaumé et michaud qui enveloppe les algues, des algues qui poussent dans la berge. Ici dans cette caverne où je vois errer les peuples dispersés de mon pays. Je hume la senteur de cendre, de tisons et bûches consumés. Je veux te parler de mon pays dont j’aime beaucoup à cause de sa démocratie royaliste. Il est cet antre ténébreux où la lumière a fuit, où mes mots sots soignent, cajolent les membres burinés de l’hiver et la tempe striée de l’automne, flétrissant la cime d’une clairière au milieu de l’atoll.





Cette île de là-bas qui recèle la forge du petit serpent noir de la forge de Camara laye, qui regorge la savane d’essence de Sassine, les montagnes de pâturages où gisent les troupeau de Monembo. Là-bas où vivent des peuplades débusquées et où tu veux t’en aller. L’atoll inchangeable et dégradé qui fut autrefois un havre, un astéria d’espoir, sur les rives duquel s’érigent des trombes qui ratatinent des lys, fossoyant des pissenlits écrabouillés par les sabots, les houx pointus blessent les pentes des pieds. Maintenant je le dis en face avec ardeur énergique et sans conspiration nihiliste, pour que tu franchisses les vallées sans rempart, des sentiers serpentins. Tu diras que je suis un racontar. Oui, je le suis, d’ailleurs excentrique car fragile au hurlement inexorable des plèbes sans agers ni glèbe. Je ne parle que quand surgit le beau temps qui s’inverse en calamité, qui ravage en sarclant les tréteaux des huttes, illuminées par des essaims éperdus de lucioles.





Ecoute-moi, je ne suis plus ce timide asservi qui servit sans être aussi servi. Je ne suis un captif mais un homme libre. Je ne suis un patricien mais un plébéien. Mes cris résonnent, articulent comme ils griffonnent en émettant des huée sarcastiques. Je veux te révéler en discrétion pour qu’ils oient tel un adolescent révolté. Tu sais, chez moi, on n’oit des coassements des foules mais le murmure des lobbies. Mais c’est toi que je voudrais tout dire, tout seul pour qu’ils sachent la terreur de mon algie. Je ne suis pas hébété, mais indigné. Quand tu y arriveras, le peuple sous l’ardent soleil qui darde, se confessera, certainement, de son désenchantement, exhibera la douleur de ces blessures saignantes. Dis le que je ressens ce que souffre dans mon appartement limougeaud. Il est ce chevalier battu qui s’est fait larguer par la brèche de son bouclier.





Dans le miroir fêlé qui reflète la lumière sombre, projetée dans les trognes, je contemple sa cataracte qui sourde en avalanche. Elle perle en lézardant telle une fissure. Ce peuple hospitalier et docile qu’on a fait révolter, est un jardin razzié, un verger décoiffé par la haine inconsciente des pachydermes qui dandinent en bruissant dans les sentiers. Et, depuis mon départ saugrenu de là-bas, la bonne chair qui fut pointilleuse, devint le tartare insurmontable des grands gisements, des sites minéraliers qui servent qu’eux dans leurs donjons à grande étanchéité. Oui là-bas dans mon pays, je ne te mens pas mon ami parce tu es blanc, parce que ton pays me laisse dire aujourd’hui ce que le mien me priva hier, prive encore des milliers d’autres silencieux. La-bas, il y a des hydres qui égratignent avec leurs doigts de primates, que dans les entrailles des faibles.





J’avais, depuis des années oisives, nulle intention de me confesser, mais je veux t’en parler en tentant de peindre le cri cloîtré de ceux qu’on n’entend quand ils huent même en s’égosillant. C’est vrai il y a encore des ténèbres, mais il n’est pas un buisson d’agrumes qui étouffe, plutôt une frondaison d’épines qui ombre. Il y a des ruisseaux qui cascadent comme leur temps s’écoule impitoyablement. Il n’y a de donjon que pour eux, mais d’auberges austères pour abriter la masse électorale, déchue. Elles ont des persiennes sans serrures et des loquets qui s’en rouillent. Il n’a point d’ouverture mais des volets qui laissent entrer des rayons blafardes qui jaillissent dans les brèches, qui se meurent. Je tente comme je t’ai toujours dit sur la prairie de paix, au pied de l’aqueduc penché sur le crâne de ce cour d’eau qui part sans retour. Je ne répète que fantouré et Lamine camara, je mime la pleure de la fille du Milo, ces aînés qu’on a ballotés, privés de humer l’air natal, pour que soit lisse la face peinturlurée de leur peuple.





Quand tu y arriveras mon ami dans la pile de cet éclair qui obscurcit, où le ciel gronde les aveux des réduits, écoute dans les feuilles qui oscillent, détache la lanière de tes caligae, reste sur ta garde, ne tricote pas car ils craignent aux blancs, mêmes pauvres comme toi. Marches à pas feutrés dans les rues vétustes, ne rases point de clôture comme ces chats qui chassent sans épieux. Tu verras les tisons de la forêt razziée. Peins le moi, le jardin pleurnichard, quand tu reviendras. Tu me diras la couleur des nids déguerpis, l’issue des canaux bouchés, les hamacs des âmes affaissées, les hurlements inaudibles des voix qui flétrissent…





Adama Diané L’écrivain qui crie


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