GUINEE : les couples à l’épreuve de l’émigration

14-2-2018 News Le Djely

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De l’émigration en général et de celle dite irrégulière de manière spécifique, on a tout entendu ou presque. De son origine, on évoque souvent la pauvreté et l’absence de perspectives au niveau local. Quant aux conséquences, elles se ramènent toujours aux drames quasi-quotidiens en mer méditerranée ou dans le vaste désert du Sahara. Il y a cependant un volet de ces conséquences qui, certainement parce qu’il est plus subtil, plus insaisissable, est souvent passé sous silence. En effet, pour beaucoup de migrants, le choix du départ est synonyme d’une séparation. Séparation du père d’avec ses enfants, du fils d’avec sa mère, mais aussi séparation du mari d’avec son épouse. Et dans ce dernier cas de figure, il arrive que de la séparation, on en vient à une déchirure, à une rupture. Bref, les sentiments, eux aussi, pâtissent de l’émigration. Les sentiments, mais aussi une certaine conception du couple, du rapport avec le conjoint. Parce que le vide laissé par l’autre, le sentiment de solitude et l’impression d’abandon mettent les uns et les autres dans des situations qui obligent à faire des choix qui, à certains égards, peuvent prêter à débat au niveau sociétal. Autant de dynamiques que notre rédaction essaie d’aborder dans cet article bâti autour de confessions inédites que notre reporter a pu recueillir auprès d’hommes et de femmes que les circonstances et les contingences obligent à faire ces choix difficiles




Loin de la personne avec qui on a décidé de partager le reste de sa vie n’est pas chose aisée. Pourtant, des femmes et surtout des hommes sont obligés de le faire. Ce qui n’est pas sans  conséquences : infidélités, double-vie,  mensonges, etc. Tout ce qui peut combler l’absence de l’autre passe pour une tentation à laquelle il n’est pas toujours évident de résister. En tout cas Jeanne (nom d’emprunt, ndlr) ne l’a pas réussi. Dès après son mariage, son époux l’a quittée pour partir en Europe. Elle explique sa solitude : «Il y a 8 ans que mon mari est  parti pour faire fortune en Europe. Mais depuis qu’il est parti, il n’a pas encore réussi à obtenir les papiers (la nationalité, ndlr) devant lui permettre de venir me chercher. Je suis là dans une attente insoutenable. Au départ,  c’était facile à gérer, on passait des heures au téléphone. Seulement, rien de tout cela ne peut remplacer sa présence et la chaleur humaine ».


Durant des ans, Jeanne a géré cette situation, comme elle dit. « Je  me disais que je suis une femme mariée et que je ne pouvais pas me permettre certaine pratiques », se remémore-t-elle. Mais avec le temps et les amies qui l’ont poussée à envisager que son mari pouvait lui-même la tromper, elle a dû desserrer l’étau autour d’elle. Encore que c’est le désir d’assouvir à l’instinct grégaire-et non le sentiment en tant que tel-qui la poussa à franchir le rubicond.  Aussi, voue-t-elle sans gêne, « au bout d’un certain temps, j’ai commencé à changer ».



Ainsi,  vivant seule dans une maison qu’elle loue depuis le départ de son mari, elle commence à recevoir un jeune homme.  «J’avoue que je  ne voulais pas du tout tromper mon mari, mais la tentation était trop grande et j’ai succombé à son charme. Vous ne pouvez pas savoir combien de fois cela est difficile à vivre, il faut être dedans pour s’en rendre compte ».   Depuis cette date, elle passe le plus clair de  son temps avec le jeune. Un jeune désœuvré qu’elle prenait en charge avec une partie des sous que son mari légitime lui envoyait de temps en temps. Pourtant, la suite, tenez-vous bien, s’est révélée catastrophique : Elle est tombée enceinte.


Aujourd’hui, Jeanne, abandonnant l’enfant qu’elle a eu avec son mari, a emménagé chez son compagnon.  «  Mon mari est revenu au pays mais on ne peut plus se voir. J’en ai tellement honte », confie-t-elle. Et ce n’est pas tout !


Une enquête complémentaire rapporte que son mari aussi  avait été forcé de  tromper Jeanne et à plusieurs reprises. Comme du reste, les amis de Jeanne le lui avaient laissé croire. Dans l’anonymat, il a accepté de nous raconter : « une fois en Hollande,  j’ai compris que pour obtenir le papier, il fallait avoir un enfant ou se marier à une blanche. Je me suis laissé aller avec une Hollandaise, une Italienne et  finalement une Polonaise,  toutes âgées de 22 à 29 ans ». Le malheur pour lui, c’est qu’aucune de  ces filles ne l’a aidé à avoir les fameux « papiers ». «  Elles ont abusé de moi », se plaint-il. Aujourd’hui détenteur de la nationalité hollandaise, il est rentré en Guinée pour voir sa famille. Problème : il a aussi honte d’affronter la réalité.  « Mon parcours est sale ! Il n’était pas dans  mes intentions de partager  ma vie avec d’autres femmes.  Je m’inquiétais pour la mère de mon enfant. Je me demandais comment vivait-elle cette séparation », explique l’homme. Il ajoute qu’il n’a pas voulu divorcer. «  Mais son amour pour celui qui l’a enceintée est plus fort », lâche-t-il en fin de compte, mi- résigné, mi- philosophe.



L’histoire de ce couple n’est cependant pas unique. Aicha X,  étudiante en 2ème année de fac, est dans la même situation. Elle a fait la connaissance de son homme à travers les réseaux sociaux. Après leur mariage, son époux a loué une maison pour elle.  « Depuis, je ne me suis pas vue avec mon mari. Il est à l’étranger », précise-t-elle. A la différence de Jeanne, Aicha  n’a pas accepté d’endurer la solitude. « Pendant  les week-ends,  je sors toujours avec mon petit ami », dit-elle sans gêne. Aicha ne se sent pas responsable de son infidélité.  Si elle doit attendre son époux qui ne vient toujours pas après 2 ans de mariage, justifie-t-elle, il lui faut une solution palliative.


Pour sa part  Monsieur S.B,  marié à deux femmes  et père de plusieurs enfants vit aujourd’hui en France. Il dit avoir pris le chemin de l’aventure pour assurer une meilleure éducation à sa progéniture. Pour ne pas pénaliser ses épouses, il a  une méthode sous-tendue par un certain pragmatisme : il revient en Guinée chaque 6 mois. « J’ignore ce qui se passe à mon absence. Je ne veux même pas le savoir », affirme-t-il. 



Aminata Kouyaté


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