GUINEE : YU YAN internationale se fait escroquer par deux ministères

14-2-2018 News Le Djely

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Un des motifs sans cesse avancés pour justifier que le président de la République parcourt le monde, c’est la séduction et la drague des investisseurs. Encore que bon nombre de Guinéens attendent toujours de toucher les dividendes de cet activisme diplomatique du président Alpha Condé. Parce que de toute évidence, les fameux investisseurs continuent encore à se méfier. Non sans raison visiblement. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance de la mésaventure de l’entreprise coréenne, YU YAN internationale, spécialisée dans la pêche, le traitement et l’exportation des produits halieutiques. En l’espace de trois mois à peine, sous les feux croisés des ministères de le Pêche et de l’Urbanisme, la société est en faillite. Après avoir subi coup sur coup, extorsion de fonds, intimidation, calomnie et abus d’autorité, elle est dépossédé de tout, y compris de ses installations et de son agrément. Le tout par des chefs de département ministériels dont la mission, paradoxalement, est de promouvoir la destination Guinée. Le comble !


Tout commence  le 27 octobre 2017.  Suite à une campagne de fermeture d’entreprises (surtout étrangères) prétendument illégalement établies sur le sol guinéen,  la Directrice générale de l’Office national de contrôle sanitaire des produits de la pêche et de l’aquaculture,  Aribot M’Mah  Savané a dû prendre par devers elle, la responsabilité à la fois morale et civique d’établir la liste des entreprises de son ressort en conformité avec les règles et les principes. Pour cela, elle fait publier le courrier N°341 dans lequel elle liste les sociétés légalement installées dans le pays et qui sont en règles vis-à-vis des conditions d’exploitation dans la filière.



En substance, Aribot M’Mah Savané avait  écrit : « suite à la plainte  de l’association des sociétés coréennes en Guinée auprès des autorités de tutelle du ministère de la pêche et de l’aquaculture  et  de l’économie maritime, conformément aux résultats du Haut-Commandement de la Gendarmerie  nationale, j’ai l’honneur  de vous informer que seulement dix-huit sociétés sont en règle et habilitées à  procéder au traitement et à l’exploitation des produits de la pêche et de l’aquaculture.  »


Sur cette liste parvenue à tous les acteurs et opérateurs concernés par le secteur et dont notre rédaction détient copie,  au 14ème rang, on a YU YAN internationale. L’appréciation faite de cette unité industrielle par la Direction générale de l’Office national de Contrôle sanitaire des produits de la pêche et de l’aquaculture est corroborée par la Direction nationale des services vétérinaires dans son dernier rapport d’analyse microbiologique.  Le responsable de la section de laboratoire d’hygiène alimentaire, Dr Vincent Kawé Niamy a annoté: «  échantillon acceptable».


Pourtant, ce même 27 octobre,  au lieu de célébrer le fait de se voir ainsi distinguer parmi les sociétés en règle, l’entreprise YU YAN Internationale s’est vue visée par une manœuvre déconcertante. D’abord, c’est le ministre de l’aménagement du territoire, Dr Ibrahima Kourouma qui,  dans la lettre N°0686,  enjoigne à la Direction de l’entreprise  de déguerpir ses installations du site où elle se trouve pour, selon le ministre,  des raisons de service public.  En résumé, dans cette lettre, on peut lire : « …Nous vous demandons de trouver de nouveaux sites pour vos installations  et de prendre toutes les dispositions utiles pour libérer les lieux avant le 31 décembre 2017. Passé ce délais, le département procédera au dégagement systématique de toutes les occupations se trouvant dans l’emprise et se réserve le droit  de poursuites judiciaires  ».



La décision d’Ibrahima Kourouma tel qu’expliqué dans sa lettre peut paraître justifiée. Sauf qu’en réalité la démarche trahit des intentions inavouées et inavouables.  D’un revers de la main en effet, le ministre fait abstraction d’un contrat de bail pour 15 ans, signé entre l’Etat et la société YU YAN internationale, légalement agréée, sans même lui accorder un délai raisonnable  pour la recherche et le transfert de ses installations sur un nouveau site.


Paradoxalement, alors que YU YAN internationale s’attend à une délégation du département de l’aménagement du territoire, c’est plutôt une équipe mixte qui se pointe à sa porte avec un nouvel argument.  Cette fois, c’est le ministre de la pèche, Frédéric Loua, qui fait une décente musclée sur le site, début novembre 2017, accompagné de Moussa Tiégboro, chargé des services spéciaux et du grand banditisme. Après avoir effrayé le personnel de la société, le ministre Frédéric Loua déclare tout de go que YU YAN internationale est non conforme aux normes sanitaire en matière de traitement des produits halieutiques.


On rappellera que ce jugement de Frédéric Loua est  contraire  à celui de ses techniciens.  Puisque, souvenons-nous en, un mois plus tôt,  Aribot M’Mah  Savané, Directrice générale de l’Office national de contrôle sanitaire des produits de la pêche et de l’aquaculture relevant de son département, avait précisé dans son courrier-relire en haut-que YU YAN International était parmi les meilleures sociétés en termes de qualité. Elle est aussi contraire à la perception qu’en ont la Chine et la Corée du Sud, deux pays rigoureux en matière de qualité qui, cependant, continuaient à recevoir les produits traités par YU YAN Internationale.



Envers et contre tout, la décision du chef du département de la pêche est prise : il est le ministre,  donc aucun technicien ne peut le contredire. Ainsi,  dans sa lettre N°0011 en date du 9 janvier 2018, Frédéric annonce le retrait  de l’agrément de l’entreprise, la saisie de tous les produits halieutiques se trouvant dans cet établissement et leur mise en vente au profit de l’Etat. Au dernier paragraphe de cette lettre le ministre de la pêche condamne YU YAN internationale, au payement des amendes conformément, dit- il, aux articles  233 alinéa (4) et 234 alinéa (b)  du code de la pêche.


Bizarrement, aucune de ces dispositions invoquées que nous avons consultées n’est en rapport avec la décision du ministre. Bien qu’abordant des questions se rapportant à la pêche, elles ne sont point spécifiques aux aspects de traitement et de conservation des produits halieutiques, ici en cause. Donc, la démarche du ministre ne se trouve légitimée ni par le verdict des spécialistes (techniciens) de son département, ni par les dispositions juridiques.


La situation se complique pour la société  YU YAN internationale. Faut-il croire à Dr Ibrahima Kourouma qui dit vouloir tout simplement récupérer le site, ou à Frédéric Loua qui met en cause la qualité de son travail ? Les deux ministres travaillent-t-ils ensemble dans ce dossier ou s’agit-il d’opérations isolées des membres d’un gouvernement inorganisé ? Que veulent-ils réellement ? Les responsables de l’entreprise s’arrachent  les cheveux !


Toujours est-il que le 9 janvier 2018, une équipe dirigée par Fatoumata Konaté, Directrice  du fond d’appui au secteur privé de la pêche s’est rendue dans la société,  pour procéder à la saisie de 469 cartons de poissons. A l’occasion,  Fatoumata Konaté a expliqué devant témoin, comme Bailo Diallo, conseiller du ministre de la sécurité, que 200 de ces cartons devraient accompagner le chef du département  de la pêche à Kankan pour la célébration de la fête de l’indépendance. Quelques jours après, la même équipe est venue soutirer à la Direction de l’entreprise une bagatelle de 13 milles dollars US et 90 millions GNF. Le hic, c’est que personne dans l’équipe n’a accepté de signer le reçu de versement, écrit sur un feuillet. Heureusement, grâce la  délicatesse de l’huissier qui travaille sur le dossier, Fatoumata Konaté  a reconnu avoir perçu les montants.



Aux dernières nouvelles, les installations de l’entreprise ont été bradées.  Agenouillé et complètement fauché, l’opérateur asiatique, Yu Caicheng  chercherait un moyen  de rentrer chez lui.


Quelques questions demeurent : si les produits traités par YU Yan internationale n’étaient pas de bonne qualité, pourquoi utiliser les 200 cartons de poisson pour les festivités de l’indépendance ? Pourquoi l’Etat mettrait à son propre compte  ces produits impropres à la consommation sur le marché ? Où sont passés les milliers de dollars et les millions GNF ? Voilà qui ouvre une autre fenêtre à notre enquête.


Dossier à suivre


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Une enquête de Gilles Mory Condé



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