EVENEMENTS DE JANVIER-FEVRIER 2007 : 10 ans ! Devoir de mémoire...

Au nombre de ces victimes, il y a le jeune Fodé Kaba Sylla élève de onze ans fauché par une balle aux première heures du 22 janvier 2007 à Lambanyi. Assassiné à la fleur de l’âge, ce garçon fut l’une des toutes premières de cette funeste journée. Depuis ce drame, son père  Kabinè Sylla inconsolable, a constitué un dossier (certificat de décès, extrait de naissance, photocopie de la carte d’identité), qui a été déposé au siège de l’OGDH. Et depuis, il attend que justice soit faite. Cette semaine, rencontré à son atelier de couture, pour évoquer ce triste souvenir, il est révolté par le fait qu’on ne parle ces temps-ci que des événements du 28 septembre 2009. En bon croyant, il est persuadé que chacun d’entre nous paiera d’une façon ou une autre les actes posés ici-bas.
Dix ans donc après ces folles journées qui ont endeuillé de nombreuses familles, il n’est pas superflu de revenir sur des séquences de cette tragédie nationale. En effet, dans l’Info 35 du 23 janvier 2007 publié par l’Inter centrale, on peut lire entre autres,’’ la journée du lundi 22 janvier 2007 a été la plus sanglante de l’histoire de la 2ème République. De mémoire d’homme, on  n’a jamais vu Conakry dans une telle effervescence ; on n’a jamais vu une telle marée humaine déferler à travers toute la ville. La riposte des forces de l’ordre a été à la mesure de la mobilisation populaire : gaz lacrymogène, matraques, grenades et balles réelles. Le bilan est lourd et même très lourd ; il dépasse de loin tous les chiffres avancés par les médias étrangers et les sources hospitalières. Les blessés se comptent par milliers. Même les hôpitaux n’ont pas été épargnés par les fusillades des tueurs à gages.
Ainsi, on peut dire adieu la démocratie, adieu l’Etat de droit, adieu la sécurité des personnes et des biens ! La question qui se pose aujourd’hui c’est comment l’armée Guinéenne qui a volé au secours de Lumumba, qui a libéré l’Angola, le Mozambique ; la Guinée Bissau et qui a contribué au rétablissement de la paix et de la sécurité au Libéria et en Sierra Leone a-t-elle pu se rendre coupable d’une telle barbarie et de telles exactions à l’égard de sa propre population ? Comment une armée républicaine peut-elle tirer à balles réelles sur des êtres humains comme sur du gibier ? ‘’
 Ceux qui sont censés répondre à ces questions et à bien d’autres sont pour la plupart encore en vie et occupent diverses fonctions dans les rouages de l’administration du pays. Pour certains, il faut tout simplement faire une jonction de procédure entre les événements de janvier février 2007 et ceux du 28 septembre 2009. A moins que les premières victimes soient passées à perte et profit au nom d’un délit d’oubli. Fer de lance des douloureux événements du 22 janvier 2007, l’Inter centrale syndicale n’a pas fière allure aujourd’hui.   Au lieu d’exiger  justice et  réparation pour les victimes de janvier et février 2007, elle adopte un profil bas par son silence.
Au sujet de l’Inter centrale, figure de proue de ce mouvement de contestation, notre compatriote Mamadi Camara a publié en juillet 2012, à la maison d’édition L’Harmattan, un ouvrage digne d’intérêt. Le livre Où va la Guinée ?,  préfacé par Albert Bourgi traite des sujets brûlants du pays. Un chapitre est consacré à la grève de janvier février 2007. De façon détachée, l’auteur analyse les conditions de déroulement de ce mouvement social. Selon lui, alors qu’elle était dans une position de force, l’inter centrale syndicale a, au milieu du gué, renoncé à aller jusqu’au bout de sa revendication principale, à savoir le départ du Général Conté du pouvoir. Pourtant, le cri des enfants tués réclamait un changement de pouvoir. Les syndicalistes qui étaient leur porte-parole ont inexorablement changé leur position en demandant la nomination d’un Premier ministre de consensus. Cette première concession a permis au pouvoir en place de reconstituer ses forces et d’aborder la suite des événements avec plus d’assurance et possibilités de manœuvre. Nous vivons aujourd’hui les conséquences de cette reculade. A chacun d’en tirer les enseignements.
Thierno Saïdou DIAKITE pour GCI
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